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24.08.2026

Société

TCHAD/Société: Dire la vérité, même lorsqu’elle dérange les siens.

La majorité de ceux qui disent cela sont des membres de ma propre famille et de ma communauté zaghawa. Je le précise parce que je ne cherche pas à accuser une communauté ou à faire le procès des Zaghawa. Au contraire, puisque je fais moi-même partie de cette famille, je pense avoir le droit de poser des questions et de dire ce que je considère comme une vérité, même lorsque cette vérité dérange certains des miens.

Mes parents zaghawa disent qu’ils n’ont rien trouvé de ce régime, et je partage ce constat. Je fais partie de cette famille et de cette communauté, et je ne peux pas faire semblant de ne pas voir certaines réalités. Depuis 1990 jusqu’à aujourd’hui, le pouvoir a été largement exercé par des dirigeants issus de notre communauté. Pourtant, qu’est-ce que la majorité de nos familles en a réellement tiré ? Une minorité de personnes a pu profiter du système, tandis que beaucoup de nos propres frères et sœurs continuent de vivre les mêmes difficultés que les autres Tchadiens.

Ce qui me surprend surtout, c’est notre manière de réagir lorsqu’un citoyen ou un mouvement veut remettre en cause ce système.

Au lieu d’examiner son projet politique, sa vision de la société, son programme et sa capacité à proposer une alternative pour tous les Tchadiens, nous commençons souvent par regarder son origine.

« Lui, il est Sarra. »

« Lui, il est Gourane. »

« Lui, il est Djandjawid. »

« Lui, il est de telle communauté. »

Mais depuis quand l’appartenance ethnique doit-elle déterminer si un projet politique est bon ou mauvais ?

C’est précisément avec cette mentalité que nous devenons facilement manipulables. Si un Zaghawa veut changer le régime, certains refusent de le soutenir simplement parce qu’il remet en cause le pouvoir. Mais les mêmes personnes passent leur temps à se plaindre que leur département ne reçoit rien, que leurs jeunes n’ont pas d’emploi, que les infrastructures manquent et que leurs conditions de vie ne changent pas.

Alors je pose une question simple, y compris à ma propre famille : qu’est-ce que nous voulons réellement ?

Si nous voulons le développement, la justice, la sécurité, l’éducation, la santé, l’emploi et une meilleure gouvernance, nous devons accepter de juger les hommes et les mouvements politiques sur leurs idées, leurs actes, leur programme et leur vision, et non sur leur ethnie ou leur religion.

Je suis Zaghawa, je fais partie de cette famille, et c’est justement pour cette raison que je refuse de défendre aveuglément quelqu’un simplement parce qu’il est des nôtres. L’appartenance communautaire ne doit jamais devenir une excuse pour accepter l’injustice ou refuser le changement.

Dire cela ne signifie pas être contre sa communauté. Au contraire, cela signifie vouloir que notre communauté, comme toutes les autres communautés du Tchad, puisse regarder la réalité en face et faire des choix fondés sur ses intérêts réels plutôt que sur la peur, la manipulation ou la solidarité ethnique.

Le Tchad appartient à tous les Tchadiens.

Si demain un Zaghawa, un Gorane, un Sara, un Arabe, un Ouaddaïen, un Hadjarai ou tout autre citoyen propose un projet sérieux pour transformer le pays dans l’intérêt général, examinons son projet avant son identité.

Sinon, nous continuerons à nous plaindre du système tout en contribuant nous-mêmes à sa survie.

La vérité ne devient pas une trahison simplement parce qu’elle est dite par quelqu’un de notre propre famille.

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Luc Fils de Jacob

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