En politique, il arrive souvent que les déclarations et les actes finissent par révéler les véritables intentions de leurs auteurs. Le cas de Succès Masra semble, à cet égard, susciter de nombreuses interrogations.
Le Tchad est un État laïc. Aucune considération religieuse ne devrait, en principe, déterminer l’orientation de sa politique publique ou la composition de ses institutions. Dans les années 1960 et 1970, plusieurs personnalités de confession chrétienne ont participé aux différents gouvernements sans que cela ne remette en cause le caractère laïc de l’État ni les objectifs de développement national.
Dès lors, il convient de s’interroger sur la portée du message délivré par Succès Masra lorsqu’il évoque la nécessité de constituer un gouvernement composé à parts égales d’hommes et de femmes, ainsi que de 50% de chrétiens et 50% de musulmans. Et Qu’en est-il de nos compatriotes qui ne sont ni musulmans ou chrétiens ?
À qui cette déclaration s’adresse-t-elle réellement ? Une telle approche ne risque-t-elle pas de renforcer les clivages religieux et communautaires plutôt que de favoriser l’unité nationale ?
L’affirmation selon laquelle son mouvement serait disposé à travailler avec le chef de l’État mérite d’être appréciée à la lumière de ces prises de position. La coopération politique ne peut être crédible que si elle repose sur la cohérence, la responsabilité et le respect des institutions. Les responsables politiques, en particulier ceux qui aspirent à exercer de hautes responsabilités, doivent mesurer la portée de leurs propos et éviter toute déclaration susceptible d’alimenter la division.
Le Tchad ne peut se construire dans la confusion des légitimités. Le président Mahamat Idriss Déby Itno, investi de la responsabilité suprême de l’État et bénéficiant de la confiance exprimée par le peuple tchadien, doit pouvoir conduire son action dans le respect des institutions et de l’intérêt général. Aucun discours populiste ou aucune posture de confrontation ne devrait remettre en cause les efforts visant à préserver la stabilité et l’unité du pays.
La grâce accordée à un responsable politique constitue un geste d’apaisement et de clémence. Elle doit toutefois s’accompagner d’un comportement responsable et d’un engagement à ne pas reproduire les déclarations susceptibles de diviser la nation. Le pardon, qui est une valeur universelle, ne saurait être interprété comme une autorisation à la récidive ou à la provocation. Alors que par un passé récent le même individu dans ses œuvres littéraires a affiché clairement son mépris envers une bonne partie de ses compatriotes musulmans dont il a l’ambition de gouverner un jour.
Les différentes sensibilités politiques, y compris les courants les plus radicaux des Transformateurs, doivent comprendre que la construction du Tchad exige retenue, respect mutuel et sens des responsabilités. L’arrogance, les invectives et les jugements dévalorisants ne contribuent ni au débat démocratique ni au développement du pays.
La démocratie ne signifie pas l’anarchie. La liberté d’expression doit servir à éclairer le débat public, et non à fragiliser la cohésion nationale comme on le voit souvent sur les réseaux sociaux tchadiens. Les stratégies fondées sur la création de tensions dans l’espoir d’une intervention extérieure ne correspondent plus aux réalités du monde actuel, de l’Afrique tout court. Le Tchad doit désormais compter sur ses propres forces, sur le dialogue entre ses filles et ses fils, ainsi que sur des institutions solides.
Il appartient donc à chacun, majorité comme opposition, de contribuer à l’édification d’un État stable, inclusif et prospère. La confiance dans les institutions et dans les dirigeants ne doit toutefois pas exclure la responsabilité, la transparence et le respect des différences. C’est dans cet esprit que le Tchad pourra construire son avenir dans la paix et la dignité.
Waldacheikh Haddo
Luc Fils de Jacob