Une poignée d’officiers français est revenue à N’Djamena à la mi-avril pour relancer la coopération avec l’armée tchadienne. Un come-back qui intervient au moment où le partenariat avec la Turquie bat de l’aile.
Un an après la rupture spectaculaire des accords de défense qui liaient le Tchad et la France depuis 2019, les deux armées ont renoué le dialogue. Mi-avril, une poignée d’officiers français s’est rendue à N’Djamena pour jeter les bases d’un nouveau format de coopération. Celui-ci serait centré sur la formation, l’entraînement des forces tchadiennes, l’appui à la chaîne de commandement et le renseignement contre l’État islamique en Afrique de l’Ouest(Iswap) et d’autres groupes djihadistes issus de Boko Haram. En revanche, pas question pour l’état-major français de revenir à une présence permanente au Tchad, jugée à la fois anachronique et politiquement trop exposée. La coopération pourrait commencer dès le mois d’août.
Le signal politique a été donné le 29 janvier, lors de l’entretien entreMahamat Idriss DébyetEmmanuel Macronà l’Élysée (AI du 02/02/26). Très préoccupé par la dégradation sécuritaire dans le bassin du lac Tchad, le chef de l’État tchadien est à la recherche de renseignement capable d’aiguiller ses troupes sur le terrain.
Après le départ des Français de leur base de N’Djamena, le 31 janvier 2025, un avion Beechcraft B300 dévolu aux missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) a toutefois continué ses rotations au-dessus du lac Tchad. Cette intervention, assurée parCAE Aviation, un prestataire régulier des services de renseignement français, est financée par l’Union européenne.
Drones cloués au sol
Le rapprochement intervient alors que N’Djamena n’a pas trouvé d’alternative crédible au retrait français. La rupture actée le 28 novembre 2024 au lendemain d’une entrevue à N’Djamena entre le ministre des affaires étrangères français,Jean-Noël Barrot, et Mahamat Idriss Déby, avait été notamment provoquée par un désaccord sur le partage du renseignement dans la zone du lac Tchad, jugé insuffisant par les autorités tchadiennes. Depuis, la piste d’un partenariat militaire avec la Russie, un temps envisagée, a été rapidement abandonnée (AI du 03/12/24).
Surtout, la coopération engagée avec la Turquie depuis 2023 est actuellement compromise. Les deux drones d’attaque Anka-S stationnés à N’Djamena ont même été cloués au sol par leur fournisseur,Turkish Aerospace Industries(TAI), faute de paiement de la part des autorités tchadiennes. L’armée avait également acquis un drone d’attaque Aksungur, disposant d’une importante autonomie et lourdement armé, auprès de TAI. Cet atout stratégique n’est pas plus opérationnel à l’heure actuelle.
Il s’agit d’un coup dur pour les forces tchadiennes, qui comptaient sur ces appareils afin de surveiller les frontières du Nord et de l’Est du pays, et frapper d’éventuelles cibles. À N’Djamena, l’inquiétude monte à propos, d’une part, de la situation sécuritaire dans les provinces de l’Est, dégradée en raison du conflit soudanais, et d’autre part, de la résurgence – aujourd’hui hypothétique – de groupes politico-militaires dans le Sud libyen, comme le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad(Fact) ou le Conseil de commandement militaire pour le salut de la République(CCMSR).
Tribune info
Patrice Beassem