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TCHAD : Pourquoi Mahamat Idriss Déby Itno a fermé la frontière Tchad-Soudan.
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25.02.2026

Société

TCHAD : Pourquoi Mahamat Idriss Déby Itno a fermé la frontière Tchad-Soudan.

Ce 23 février, N’Djamena a annoncé la fermeture de sa frontière avec son voisin soudanais. Une décision loin d’être uniquement symbolique dans le contexte régional.

« Le gouvernement de la République du Tchad porte à la connaissance de l’opinion nationale et internationale que la frontière entre le Tchad et le Soudan est fermée jusqu’à nouvel ordre », indique le communiqué daté du 23 février. « Cette décision fait suite aux incursions répétées et aux violations commises par des forces en conflit au Soudan sur le territoire tchadien », poursuit le texte, qui évoque « des dérogations exceptionnelles » pour « raisons humanitaires ».

Le communiqué du gouvernement, signé de son porte-parole, l’ancien rebelle et ministre de la Communication Gassim Cherif Mahamat, ne cite pas nommément les Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises. Les actions de ces rebelles, menés par le général Mohamed Hamdane Daglo, dit Hemetti, autour de la frontière sont pourtant à l’origine de la décision tchadienne.

Une montée des tensions continue

Les paramilitaires soudanais ont ainsi affirmé ces derniers jours avoir « pris le contrôle total de la ville stratégique d’Al-Tina, dans l’État du Darfour-Nord », selon un communiqué publié sur leur chaîne Telegram. Une vidéo montre en effet des combattants célébrant cette avancée sous une banderole au nom de la ville, située sur la frontière entre le Soudan et le Tchad. Al-Tina était auparavant tenue par les Forces conjointes, alliées de l’armée régulière soudanaise.A lire : 

À Lire : Guerre au Soudan : les FSR d’Hemetti revendiquent la prise d’Al-Tina, à la frontière avec le Tchad

Les FSR d’Hemetti contrôlent la quasi-totalité de région du Darfour, en particulier depuis la prise d’El-Fasher fin octobre 2025, marquée par de très nombreuses exactions. Le 19 février, la mission indépendante de l’ONU au Soudan a d’ailleurs fait état d’« actes de génocide ». Les FSR ont en outre mené plusieurs attaques près de la frontière, faisant deux morts dans les rangs de l’armée tchadienne à la fin de décembre 2025.

Cette nouvelle montée des tensions dans la zone intervient alors que le Tchad est très observé ces derniers mois. Depuis le début du conflit soudanais en 2023, N’Djamena a plusieurs fois été accusé de soutenir les FSR d’Hemetti, en laissant agir sur son territoire leur principal allié à l’international : les Émirats arabes unis. Plusieurs cas de livraisons d’armes ont été documentés, même si le Tchad a toujours démenti.

Le Tchad de retour à une neutralité stricte ?

L’enlisement progressif du conflit et le repli progressif des FSR vers le Darfour ont changé la donne, N’Djamena voyant le conflit se déplacer davantage vers sa frontière. De plus, l’armée tchadienne est majoritairement composée de membres de l’ethnie zaghawa, une communauté qui compte de nombreux combattants au sein de forces alliées à l’armée régulière soudanaise, face aux rebelles d’Hemetti donc.

Mahamat Idriss Déby Itno, le président tchadien, lui-même en partie zaghawa, a été tiraillé entre son alliance avec les Émirats arabes unis, partenaires financiers cruciaux du Tchad, et ces réalités de terrain. La multiplication des exactions attribuées aux FSR le long de la frontière tchadienne et l’enfermement des rebelles dans le Darfour pourraient être des points de bascule, et expliqueraient que le chef de l’État ait choisi de revenir à une stricte neutralité.

Une séquence diplomatique favorable à Al-Burhane

Sur le terrain, l’armée régulière serait parvenue à prendre l’avantage sur Hemetti, dont les FSR se sont repliés autour d’un bastion darfouri. Ce qui pourrait clarifier le jeu diplomatique : alors que les Nations unies ont dénoncé des actes de génocide des troupes d’Hemetti à El-Fasher, les États-Unis ont annoncé réfléchir à des sanctions.


Une source diplomatique
 : « La France a besoin de reprendre pied au Tchad pour peser dans la région. Mais Paris ne peut pas le faire si N’Djamena est accusé de soutenir des rebelles soudanais accusés par l’ONU de génocide ».

La France a besoin de reprendre pied au Tchad pour peser dans la région. Mais Paris ne peut pas le faire si N’Djamena est accusé de soutenir des rebelles soudanais accusés par l’ONU de génocide.

Au rang des puissances étrangères, la Russie a pour sa part monnayé son ralliement à Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’État soudanais et leader de l’armée régulière, Moscou et Khartoum ayant négocié l’ouverture d’une base navale russe sur la mer Rouge. Quant à l’Égypte, elle intervient désormais directement en soutien à l’armée soudanaise, par la voie d’une base aérienne située à Sharq El-Owainat, à environ 65 km de sa frontière avec le Soudan.

Observant ce vent diplomatique favorable à Al-Burhane, Mahamat Idriss Déby Itno a-t-il choisi de se repositionner en conséquence ? Lors d’une récente visite à Paris, il s’est en tout cas entretenu du sujet soudanais avec le président français, Emmanuel Macron. Et, après cette rencontre, la France et le Tchad, qui s’étaient brouillés en 2024 autour du présumé soutien tchadien aux FSR, ont évoqué une relance de leur coopération.

Un rapprochement symbolique avec la France

Mahamat Idriss Déby Itno a-t-il offert des garanties de neutralité dans le conflit au Soudan ? C’est ce que suggèrent plusieurs interlocuteurs proches du dossier. « La France a besoin de reprendre pied au Tchad pour peser dans la région. Mais Paris ne peut pas le faire si N’Djamena est accusé de soutenir des rebelles soudanais accusés officiellement par l’ONU de génocide », glisse une source diplomatique.

À Lire : Tchad-France : pourquoi la rencontre entre Déby Itno et Macron va compter

« S’il vient à se confirmer, un recentrage de N’Djamena dans le dossier soudanais arrange tout le monde ou presque. Mahamat Idriss Déby Itno se sort des accusations de soutien aux FSR, donne des gages à une communauté internationale favorable à l’armée régulière soudanaise, réaffirme son objectif de contrôler la frontière orientale de son pays et se pose en acteur humanitaire du conflit au Darfour », énumère cet interlocuteur.

« C’est une façon de sortir de l’isolement qu’avait pu provoquer l’alliance du Tchad avec les Émirats arabes unis, tout en satisfaisant aussi l’élite militaire zaghawa tchadienne, hostile aux FSR », conclut un ancien ministre. D’autant que les Émiratis, sous forte pression internationale, pourraient eux-mêmes ne pas s’entêter dans leur soutien au général Hemetti, plus isolé que jamais dans un conflit soudanais meurtrier.

Jeune Afrique

Luc Fils de Jacob

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