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09.02.2026

Société

TCHAD-France : Quand la diplomatie dépasse les hommes et s’inscrit dans le temps long.

Le récent réchauffement diplomatique entre N’Djamena et Paris a été abondamment commenté, souvent de manière émotionnelle, parfois caricaturale. Beaucoup ont voulu y voir un rapprochement personnel entre Mahamat Deby Itno et Emmanuel Macron, comme si les relations internationales se résumaient à des affinités humaines, à des gestes symboliques ou à des images de chefs d’État.

Cette lecture est non seulement réductrice, elle est surtout politiquement fausse. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une histoire d’hommes, mais une dynamique entre deux États : le Tchad et la France. Les États ont une continuité, une mémoire, une trajectoire. Les dirigeants passent, les nations demeurent.

L’histoire politique du Tchad montre clairement que les périodes de crispation avec Paris ne sont ni nouvelles ni exceptionnelles.

François Tombalbaye a connu des tensions avec Valéry Giscard d’Estaing.

Hissein Habré a entretenu des relations complexes avec François Mitterrand. Idriss Deby Itno a traversé une phase de refroidissement notable avec François Hollande. Et aujourd’hui, son successeur s’inscrit, lui aussi, dans cette logique de distance, de réévaluation, puis de recomposition.

Ces cycles sont normaux. Ils traduisent une réalité essentielle : la maturation politique du Tchad.

Un État qui accepte tout sans discuter n’est pas souverain.

Un État qui renégocie, qui prend du recul, qui impose un temps de réflexion, l’est.

La crispation récente entre Paris et N’Djamena a été perçue, à tort, comme une rupture brutale.

En réalité, il s’agissait d’une séparation stratégique, nécessaire, presque saine.

Comme dans toute relation durable, les désaccords sont inévitables. Il y a eu une phase de refroidissement, de distance, parfois de déception mutuelle.

Mais il n’y a jamais eu de rupture diplomatique formelle. Les canaux sont restés ouverts, les ambassades actives, les discussions feutrées. En diplomatie, le silence n’est pas une absence. Il est souvent le temps de la réflexion, de la concertation, de la reconstruction.

À l’ère des réseaux sociaux et du commentaire permanent, ce silence a été mal interprété. Pourtant, il a permis un retour plus structuré, plus mature, plus Professionnel. La question centrale aujourd’hui n’est donc pas si la France revient dans sa relation avec le Tchad, mais comment. La France ne peut plus revenir par des réflexes anciens. Elle ne peut plus prétendre à une posture dominante ou tutélaire.

En revanche, elle dispose d’un levier puissant, souvent sous-estimé : son soft power.

Ce soft power ne passe ni par la démonstration de force, ni par les injonctions politiques, mais par ce qu’elle sait réellement faire et apporter : le savoir-faire, la formation, l’accompagnement institutionnel, la santé, la coopération universitaire et médicale, le transfert de compétences.

Ce sont précisément ces domaines qui peuvent créer de nouvelles opportunités professionnelles, ouvrir des perspectives économiques et humaines, et bâtir une coopération gagnant-gagnant, bénéfique aussi bien aux Tchadiens qu’aux Français.

Deux États, un avenir à reconstruire.

Le Tchad n’est pas réductible à un homme.

La France n’est pas réductible à un président.

Ce sont deux nations anciennes, liées par l’histoire, appelées aujourd’hui à réinventer leur relation sur des bases plus équilibrées, plus intelligentes, plus  respectueuses.

On ne réécrit pas l’histoire. Mais on peut en tirer des leçons, corriger les déséquilibres et bâtir un avenir plus juste.

La diplomatie n’est ni une trahison, ni une soumission. Elle est une responsabilité, inscrite dans le temps long. Et parfois, la séparation, le silence, la patience et la finesse sont les conditions nécessaires pour mieux se retrouver.

Tchadanthropus-tribune

Luc Fils de Jacob

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