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La révolution a rebattu les cartes et chacun des héritiers a connu un sort marqué par la fatalité. « Tous les enfants de Mouammar Kadhafi ont participé à une tragédie dont ils ignoraient qu’ils étaient acteurs », confirme un politologue tunisien qui rappelle les années où les enfants du « Guide », entre esclandres et matchs de football, avaient rejoints les plus capricieux des rejetons du gotha mondial.
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18:49
05.02.2026

Société

La révolution a rebattu les cartes et chacun des héritiers a connu un sort marqué par la fatalité. « Tous les enfants de Mouammar Kadhafi ont participé à une tragédie dont ils ignoraient qu’ils étaient acteurs », confirme un politologue tunisien qui rappelle les années où les enfants du « Guide », entre esclandres et matchs de football, avaient rejoints les plus capricieux des rejetons du gotha mondial.

Après la disparition de son rival, Moatassem-Billah, puis de Khamis et de Seif el-Arab, la fratrie s’est éparpillée et seul Seif el-Islam semblait souhaiter encore jouer un rôle politique. C’est du moins la position que lui ont conférée ceux qui estimaient que le nom de Kadhafi faisait encore son effet en Libye, quine ans après la chute de l’ancien régime et la mort de son chef.  Un minutieux travail de communication a alors été élaboré et véhiculé par des anciens de l’élite de 2011, qui ont également misé sur le réformisme dont se prévalait Seif el-Islam avant de rejoindre son père dans l’ultime bataille pour sauver le régime.

La mort d’un symbole

C’est probablement ce symbole affublé d’un tel patronyme qu’on a assassiné le 3 février, dans des circonstances sur lesquelles quelques informations commencent à filtrer. Quand quatre hommes font irruption, ce 3 février en fin de journée, au domicile d’Ajmeri el-Atiri, chef d’une milice locale qui hébergeait  Seif el-Islam, nul ne songe immédiatement à un danger puisque qu’à 53 ans, celui qui s’était rêvé en chef de guerre en 2011, était officiellement protégé par les membres de la katiba d’Aboubaker el-Siddiq.

Mais les auteurs de l’embuscade sont décidés. Ils exécutent leur cible puis, sans doute par souci de visibilité sur les réseaux sociaux, ils prennent le temps de disposer sa dépouille à l’arrière d’un pick-up Toyota. Une manière de signer leur acte avant de disparaître comme ils étaient venus.A lire : 

Libye : dix choses à savoir sur Seif el-Islam Kadhafi, le revenant

L’absence de revendication laisse la porte ouverte à toutes les suppositions, un flou dont Seif el-Islam était familier. Capturé par une milice rivale dans des conditions obscures en 2012, il avait développé une sorte de syndrome de Stockholm, considérant ses geôliers comme ses protecteurs. Ils l’avaient finalement fait bénéficier d’une amnistie en 2016.

Ceux qui ont côtoyés Seif el-Islam depuis sa libération assurent qu’il restait marqué par sa détention et qu’il en conservait de sévères séquelles psychologiques. « Lors de ses rares sorties, il apparaissait parfois éteint, parfois confus », raconte un chef de Zinten qui avait pensé le rejoindre en 2017, à des fins électorales.

Un état émotionnel instable

À l’époque, et jusqu’à sa tentative de concourir à l’élection présidentielle avortée de décembre 2021, une partie de la population libyenne semble encore attirée par les perspectives de restauration qu’incarne le fils du défunt « Guide ». Sa candidature est invalidée, puis finalement acceptée, mais l’élection annoncée n’aura pas lieu. Un processus approximatif, qui correspond autant à l’instabilité du pays qu’à l’état émotionnel personnel de Seif el-Islam.

« Certains qui ne le connaissaient pas étaient simplement terrifiés du fait de son existence. Évidemment, c’était assez surfait mais cela permettait de négocier quelques avantages éventuels », rapportait en 2018 un participant à la rencontre pour la paix en Libye organisée à Dakar.A lire : 

Libye : la tension monte entre Seif el-Islam Kadhafi et Khalifa Haftar à Sebha

La même source confie néanmoins que Seif el-Islam avait choisi de ne pas décevoir ses soutiens, tout en pensant que ses chances étaient minces face à l’appareil mis en place par Saddam Haftar. « Le fils de Haftar peine à étendre son influence sur Ghadamès, il n’a pas d’assise solide au Fezzan où il a rejeté les tobous et les Touaregs », estime ce témoin. Ces improbables rumeurs autour d’une rivalité ont en tout cas permis à ceux de Zenten d’utiliser Seif el-Islam comme une menace, en l’agitant de temps à autres. Un jeu dangereux, ne reposant que sur un nom jugé symbolique, alors que celui qui le portait ne s’imaginait déjà plus d’avenir.

Jeune Afrique

Luc Fils de Jacob

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