Du Darfour aux sodas : la gomme arabique prise en otage par la guerre au Soudan
Indispensable à la confection des sodas et confiseries, la gomme arabique finance aussi la guerre civile qui fait rage au Soudan. Le conflit entre Al-Burhane et Hemetti redistribue les cartes d’un marché mondial sous tension.
Au Soudan, dans les savanes du Kordofan et du Darfour, des millions de familles vivent de l’acacia. Elles en incisent l’écorce et en récoltent la sève, qui durcit en larmes ambrées. Séchée puis transformée en fine poudre blanche, celle-ci finira dans une canette de Coca-Cola, un sachet de M&Ms ou du papier à cigarettes. L’acacia est partout, sous le nom de « E414 ». Un code aux allures industrielles alors qu’en réalité la gomme arabique est on ne peut plus naturelle. Issue de la sève d’un arbuste qui pousse sur toute la bande sahélienne, là où presque rien d’autre ne survit.A lire :
Émulsifiant, stabilisant, liant… Des pans entiers de l’industrie en dépendent. Le seul secteur alimentaire en absorbe plus de la moitié de la production mondiale (100 000 tonnes par an environ), porté par les boissons et la confiserie. Et ce, sans qu’aucun chimiste ne soit encore parvenu à la synthétiser. La résine est si stratégique que Washington lui avait accordé une exemption aux sanctions imposées à Khartoum dès 1997. Une faveur rarissime, accordée sous pression des géants américains des sodas.
Cette résine aux innombrables vertus est l’un des carburants de la guerre civile qui déchire le Soudan depuis avril 2023, date à laquelle les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo – dit Hemetti – ont attaqué l’armée régulière fidèle à Abdel Fattah al-Burhane, à Khartoum. En trois ans, le conflit a fait plus de 150 000 morts.
Course aux profits et substituts de salaire pour les belligérants
Les FSR et leurs milices alliées contrôlent aujourd’hui la majorité des zones de production, précisément le Kordofan et le Darfour – où elles sont accusées de génocide –, qui représentent les trois quarts de la récolte soudanaise. Les belligérants tentent de tirer le maximum de profits du chaos : chaque camp cherche à vendre la production des zones qu’il contrôle, les groupes armés taxent les transporteurs, et la contrebande se réorganise.A lire :
Entre janvier et juin 2024, des négociants du Darfour ont confirmé le vol de 3 700 tonnes de gomme, d’une valeur d’environ 14,6 millions de dollars, pillées par les FSR et leurs milices alliées selon l’ONU. Les commandants reconnaissaient ces pillages, les tolérant comme substitut de salaire, certains soldats n’ayant pas été payés depuis près d’un an. La gomme volée a transité ensuite vers le Tchad, la Centrafrique et le Soudan du Sud.
Officiellement, les exportations soudanaises ont chuté de presque moitié en 2025, passant à 60 000 tonnes. En réalité, la gomme continue d’être convoyée via les pays voisins, l’Égypte notamment, pays non producteur qui apparaît pourtant dans les statistiques d’exportation. Le Groupe d’experts de l’ONU estime que 50 000 à 70 000 tonnes transitent chaque année vers les zones de la frontière tchadienne sous contrôle des FSR, et 30 000 à 40 000 tonnes supplémentaires vers la Libye via les routes tenues par l’armée régulière. Les prix, eux, ont bondi de 50 à 100 %, selon la qualité, en trois ans.
Tchad, Kenya, Sénégal et Mali se lancent dans la production
Les deux grands importateurs français, Nexira et Alland & Robert (deux entreprises normandes qui contrôlent à elles seules une part dominante du marché mondial), reconnaissent avoir traversé des moments difficiles. Ils continuent pourtant de travailler avec leurs fournisseurs historiques en faisant transiter l’essentiel de leurs achats par Port-Soudan, tout en cherchant à diversifier leurs sources vers des pays néoproducteurs comme le Kenya.
La guerre des généraux a relancé l’intérêt pour les productions tchadienne, kényane, sénégalaise et malienne, qui se positionnent pour répondre à la demande occidentale, en particulier française. Le Tchad a vu ses exportations bondir de plus de 40 % en 2024, à environ 30 000 tonnes, notamment grâce à des prix attractifs, des entrepôts neufs et des meilleures routes.
Les industriels des nouveaux pays producteurs sauront-ils saisir cette opportunité pour relancer la filière, en investissant dans des usines de transformation installées sur les terres sahéliennes, où plongent les racines des acacias ?
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